John Dramani Mahama prêt à reprendre son fauteuil à Nana Akufo-Addo, et pourtant… Featured

Written by  Oct 18, 2019

Que ne ferait-on pas pour récupérer ce qu’on a perdu, surtout lorsqu’on le perd face à un adversaire que l’on croyait facile à battre ? Cette question, l’ancien président ghanéen John Dramani Mahama a dû se la poser un millier de fois après sa défaite aux élections présidentielles de 2016 face à Nana Akufo-Addo. Quelques années plus tard, John Dramani semble prêt à réparer l’affront de 2016 et à rebattre, comme en 2012, Nana Akufo-Addo aux élections présidentielles de 2020. Seule l’histoire décidera si sa tentative sera gagnante ou si elle se brisera sur l’écueil du déni.

Au Ghana, alors que plusieurs mois nous séparent encore des élections de 2020, l’ex-président John Dramani Mahama semble déjà en campagne. Après avoir été désigné, en février dernier, candidat du Congrès National Démocratique (NDC), principal parti d’opposition, pour le prochain scrutin présidentiel, l’ancien chef d’Etat n’hésite pas à évoquer les changements qu’il opèrera s’il est élu.

Cette semaine, il a déclaré devant une délégation des étudiants de droits ghanéens qu’il réformerait le système pour permettre à la faculté ghanéenne de droit d’accueillir plus d’étudiants. « Nous ne devons pas tenter de restreindre, par certains moyens, les ambitions des jeunes. Au cours de la prochaine décennie, la population du Ghana va passer de 30 à 50 millions d'habitants. Cela signifie que la demande de services juridiques va augmenter. Nous mènerons une conversation à ce sujet afin de réformer le système d'éducation juridique », a-t-il assuré.

« Nous ne devons pas tenter de restreindre, par certains moyens, les ambitions des jeunes. Au cours de la prochaine décennie, la population du Ghana va passer de 30 à 50 millions d'habitants.»

Cette sérénité affichée de John Dramani Mahama, sil elle peut surprendre, ne semble pas pour autant étonner certaines des personnes qui le connaissent depuis ses plus jeunes années. En effet, avant d’être la personnalité publique et le chef d’Etat, l’ancien président a traversé des difficultés ayant forgé sa résilience, à un âge où on n’est pas censé avoir de problèmes plus importants que la couleur de ses fournitures scolaires.

Revenir comme il est parti

Pour beaucoup d’observateurs, John Dramani Mahama a peu de chances de battre son adversaire des dernières élections au scrutin présidentiel de 2020. Et pourtant…

John Dramani Mahama a toujours été très proche des cercles du pouvoir ghanéen.

Excellent communicant, l’ancien chef d’Etat ne perd aucune occasion pour s’exprimer en public, sur le Ghana et sa situation à divers niveaux. De quoi se demander ce qui fonde la confiance du candidat du principal parti d’opposition. Peut-être John Dramani Mahama envisage-t-il de revenir comme il a lui-même été débarqué du pouvoir : grâce aux problèmes économiques. En effet, malgré les nombreuses réformes, la dette du pays ne cesse d’augmenter et sa croissance ne sera pas aussi importante que lors des deux dernières années. En aout dernier, la dette publique nationale a dépassé les 65% et le FMI a estimé sa croissance à 5,5% pour l’année 2020, en dessous des 6,3 % de l’année 2018 et loin des 8,9 % de 2017.

En août dernier, la dette publique nationale a dépassé les 65% et le FMI a estimé sa croissance à 5,5% pour l’année 2020, en dessous des 6,3 % de l’année 2018 et loin des 8,9 % de 2017.

Le gouvernement de Nana Akufo-Addo, qui avait vivement critiqué l’austérité mise en place par John Dramani Mahama, se rend compte des limites de son positionnement. Le pays refuse l’aide extérieure, mais manque de moyens pour ses ambitieux chantiers. Celui qui voulait, en 2016, stopper « le robinet de prêts », envisage d’emprunter auprès de la Chine. En plus, selon Philip Alston, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté, les progrès faits par l’économie ghanéenne bénéficient essentiellement aux riches. Le nombre de pauvres (24 % de la population) ne change pas vraiment, alors que celui des millionnaires en dollars est passé de 1900 en 2006 à 2900 en 2016, affichant une hausse de 52 % en dix ans.

Le nombre de pauvres (24 % de la population) ne change pas vraiment, alors que celui des millionnaires en dollars est passé de 1900 en 2006 à 2900 en 2016, affichant une hausse de 52 % en dix ans.

Assez pour que la population désavoue Nana Akufo-Addo au profit de John Dramani Mahama aux prochaines élections présidentielles ? Rien ne permet de le dire pour l’instant. En 2016, l’optimisme de l’ancien président face à une situation financière, il faut le reconnaître, beaucoup plus problématique lui avait fait quitter Flagstaff House, le palais présidentiel.

Cette fois, n’étant plus comptable de la situation économique du pays, John Dramani Mahama espère peut-être être aidé par ce qui l’a desservi il y a 3 ans. Encore faut-il pouvoir profiter du moindre faux pas politique. Cela ne devrait pas constituer un problème pour l’intéressé, proche des arcanes du pouvoir depuis plusieurs décennies.

Au nom du père

Comme Nana Akufo-Addo, John Dramani Mahama a toujours été très proche des cercles du pouvoir ghanéen. Pourtant, il en restera loin assez longtemps, peut-être parce qu’enfant, il a vécu comme un drame l’arrestation et l’emprisonnement de son père, Emmanuel Adama Mahama, alors ministre d’Etat, après le coup d’Etat ayant renversé Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana.

La période de l’emprisonnement de son père s’est caractérisée par une indicible violence que l’intéressé ne semble pas vouloir revivre.

Cela explique peut-être pourquoi celui qui est né le 29 novembre 1958 dans la ville de Damongo, a pris son temps pour entrer en politique et aussi peut-être pourquoi il a étudié l’histoire, pour ne jamais oublier.

Il a vécu comme un drame l’arrestation et l’emprisonnement de son père, Emmanuel Adama Mahama, alors ministre d’Etat, après le coup d’Etat ayant renversé Kwame Nkrumah.

Cet épisode politique ayant eu d’importantes répercussions sur sa famille, John Dramani Mahama l’évoque dans sa biographie « Mon premier coup d’Etat ». Il y raconte son enfance passée entre sa maison, à Bole au nord du pays, et Accra où il étudie du primaire jusqu’à l’université de Legon. Il y décrochera sa licence en histoire en 1981, avant de faire un cursus en communication. Jusque-là, John Dramani Mahama se tient loin de tout engagement politique. Comme il le décrit dans son autobiographie, la période de l’emprisonnement de son père s’est caractérisée par une indicible violence que l’intéressé ne semble pas vouloir revivre. Il enseigne l’histoire au cours secondaire pendant quelques années. En 1988, il part en Russie pour suivre un troisième cycle en psychologie sociale. Durant son séjour à Moscou, il est confronté au socialisme et à ses déboires. Pour la première fois, il s’intéresse à la politique. Malgré tout, à son retour à Accra, il ne milite pas. Il obtient un emploi d’agent de recherche à l'ambassade du Japon près le Ghana et reste à ce poste de 1991 à 1995, avant de travailler pendant une année pour une l’ONG Plan International. Ce n’est qu’en 1996 qu’il adhère au NDC, le parti de l’historique Jerry Rawlings.

Un président trop optimiste en temps de crise

Dès 1996, John Dramani Mahama représente son parti aux élections parlementaires. Il devient député. Son travail au sein du parti est très apprécié par le président révolutionnaire Jerry Rawlings qui le nommera vice-ministre des communications, en 1997, avant de lui confier tout le département ministériel l’année suivante. Il occupe cette fonction jusqu’en 2001.

Son travail au sein du parti est très apprécié par le président révolutionnaire Jerry Rawlings qui le nommera vice-ministre des communications, en 1997, avant de lui confier tout le département ministériel l’année suivante.

Le 7 janvier 2009, John Dramani Mahama est nommé vice-président par le chef de l’Etat John Atta Mills. Il prendra la place de ce dernier en juillet 2012, lorsque le président décède à la suite d’une courte maladie. « C'est le jour le plus triste de l'histoire de notre pays. Les larmes ont englouti notre nation. Nous sommes profondément attristés et désemparés. Je suis personnellement dévasté car j'ai perdu un père, j'ai perdu un ami, j'ai perdu un mentor et un camarade », déclare-t-il au moment de prêter serment.

Après la revanche de 2016, la belle en 2020.

Quelques mois plus tard, il est désigné par le NDC comme candidat aux élections de décembre 2012. Il les remporte, en battant au second tour, Nana Akufo-Addo. A ce moment, il ne le sait pas encore, mais l’affrontement entre les deux hommes ne fait que commencer. Apprécié de la population pour son accessibilité, il sera plombé par une situation économique qui ira en s’aggravant durant son mandat pendant lequel la dette explose et la croissance baisse.

John Dramani Mahama veut prendre sa revanche sur 2016. Mais, les conditions sont-elles vraiment réunies ? Malgré les problèmes économiques, le Ghana a fait d’importants progrès sous la présidence de Nana Akufo-Addo.

Optimiste, un peu trop même, il ne remarque pas qu’il est abandonné par le peuple. Pour lui, à ce moment-là, « les perspectives à moyen terme sont bonnes, très bonnes ». Finalement, il sera battu par Nana Akufo-Addo en 2016. Aujourd’hui, candidat au scrutin de 2020, John Dramani Mahama veut prendre sa revanche sur 2016. Mais, les conditions sont-elles vraiment réunies ? Malgré les problèmes économiques, le Ghana a fait d’importants progrès sous la présidence de Nana Akufo-Addo.

Mais, sait-on jamais ce qui peut arriver d’ici à 2020. John Dramani Mahama, lui, semble en être convaincu : c’est l’année de son retour à Flagstaff House.

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