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« Le nouveau nucléaire mondial ne se fera pas sans l’Afrique », Faure Gnassingbé

By TOGOTIMES Last updated: 9 septembre 2026 10 Min Read
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À l’heure où le nucléaire revient au cœur des stratégies énergétiques, industrielles et technologiques mondiales, l’Afrique doit éviter de reproduire le schéma qui l’a longtemps cantonnée à l’exportation de matières premières. Pour Faure Essozimna Gnassingbé, le continent doit désormais se donner les moyens de devenir un acteur de la nouvelle économie nucléaire, en s’attaquant notamment à son principal défi : la finançabilité des projets. Le Togo entend contribuer à cette dynamique en plaçant la crédibilité institutionnelle, la coopération régionale et la mobilisation du capital au cœur de son approche.

 

 

Le nucléaire revient au centre du monde

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Le nucléaire revient au centre du monde. Pas seulement parce que le climat l’exige. Parce que la géopolitique, l’industrie, la souveraineté technologique et désormais l’intelligence artificielle le réclament.

Les États redécouvrent la vulnérabilité des dépendances énergétiques. Les industriels recherchent une électricité stable, compétitive et décarbonée. Les data centers absorbent des volumes croissants de puissance continue. Les gouvernements prolongent leurs réacteurs, relancent des programmes, sécurisent leurs chaînes de combustible et investissent dans de nouvelles technologies.

La question n’est donc plus vraiment de savoir si le nucléaire revient. La question est : qui participera à son retour ?

Et, pour l’Afrique, une seconde question doit immédiatement suivre : participera-t-elle comme fournisseur de minerais, comme acheteur de technologies conçues ailleurs, ou comme véritable acteur de la nouvelle économie nucléaire ?

Le continent connaît trop bien le premier modèle. On extrait ici. On transforme ailleurs. On réimporte ensuite la technologie, le produit fini et une grande partie de la valeur ajoutée.

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L’uranium ne doit pas devenir une nouvelle version de cette vieille histoire.

Ne plus seulement exporter l’atome et importer l’électron

L’Afrique ne veut plus seulement exporter l’atome et importer l’électron.

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Elle doit pouvoir former ses ingénieurs, développer ses régulateurs, accueillir des industries, construire des chaînes de services, mobiliser du capital et, lorsque les choix nationaux et les exigences de sûreté le permettent, produire elle-même de l’électricité nucléaire.

Cela ne signifie pas opposer nucléaire et renouvelables. L’Afrique n’a pas besoin d’une nouvelle religion énergétique. Elle a besoin d’options.

Solaire, hydroélectricité, gaz dans certains pays, stockage, interconnexions régionales et nucléaire peuvent appartenir au même système. La souveraineté commence précisément par la capacité de choisir.

Cette question devient encore plus urgente avec l’intelligence artificielle.

L’IA paraît immatérielle. Elle ne l’est pas. Elle a besoin de data centers, de réseaux, de refroidissement et surtout d’une quantité considérable d’électricité.

Sans énergie abondante et stable, il n’y aura ni grands clusters africains d’IA, ni transformation industrielle massive, ni infrastructures numériques réellement souveraines.

La souveraineté numérique dépend désormais de la souveraineté électrique.

Le véritable défi : rendre les projets finançables

Le monde nucléaire parle depuis plusieurs années de renaissance. Le World Nuclear Symposium de Londres affiche cette année une ambition explicite : From Ambition to Action.

Pour l’Afrique, l’étape suivante doit être plus exigeante encore : From Ambition to Execution.

Car notre principal obstacle n’est plus seulement technologique. L’Afrique n’a plus un problème d’ambition nucléaire. Elle a un problème de capital.

Les technologies existent. Les besoins électriques explosent. Plusieurs États africains préparent leurs programmes. Mais trop de projets restent prisonniers d’un coût du capital prohibitif, d’un risque perçu trop élevé et de mécanismes financiers conçus pour des économies et des systèmes électriques très différents des nôtres.

Le changement récent de doctrine de la Banque mondiale ouvre, à cet égard, une fenêtre historique. Il faut maintenant l’élargir.

Banques multilatérales, fonds souverains, capital privé, États, constructeurs et grands consommateurs industriels doivent entrer beaucoup plus tôt dans la conception des projets.

Car un projet nucléaire ne devient pas réel lorsque son design est présenté. Il devient réel lorsqu’il devient finançable.

Et il ne suffit pas de demander davantage d’argent. L’Afrique doit rendre ses projets finançables avant de demander qu’ils soient financés.

Cela signifie construire les cadres réglementaires, garantir la sûreté, former les compétences, sécuriser les revenus futurs, réduire le risque politique et réglementaire et bâtir une visibilité de plusieurs décennies pour les investisseurs.

Le capital est le premier combustible du nucléaire.

Le choix du Togo : commencer par la crédibilité

C’est aussi la méthode choisie par le Togo.

Nous ne commençons pas par le béton. Nous commençons par la crédibilité.

Membre de l’AIEA depuis 2012 et élu à son Conseil des gouverneurs pour la période 2025-2027, le Togo a créé en janvier 2025 son Commissariat à l’énergie atomique.

Nous renforçons parallèlement notre législation, notre dispositif de sûreté et de préparation aux urgences radiologiques ainsi que notre coopération internationale.

En février 2026, nous avons également signé avec l’AIEA un nouveau cadre de programmation pour 2026-2031 couvrant notamment la santé, l’agriculture, la sécurité alimentaire, les sciences nucléaires et les questions énergétiques.

Cette méthode exprime une conviction simple : le premier actif nucléaire d’un pays n’est pas un réacteur. C’est la confiance.

Confiance dans ses institutions. Dans son droit. Dans son régulateur. Dans ses compétences. Dans sa capacité à assurer, pendant plusieurs générations, la sûreté et la continuité d’un programme.

Construire une puissance nucléaire africaine

L’Afrique doit également réfléchir collectivement.

Pourquoi chaque État devrait-il reconstruire seul toutes les expertises ? Pourquoi vingt pays devraient-ils étudier vingt technologies différentes sans mutualiser leur évaluation ?

Pourquoi ne pas développer des mécanismes régionaux de garantie, des programmes communs de formation et, lorsque cela est pertinent, une véritable puissance d’achat africaine ?

Une Afrique électriquement fragmentée négociera toujours trop petit.

Nous devons progressivement transformer la demande énergétique du continent en puissance de négociation. Passer du buyers’ market à un African Buyers’ Club.

Il s’agit de comparer les technologies selon nos besoins, nos réseaux, nos capacités financières et nos ambitions industrielles.

Les petits réacteurs modulaires et les microréacteurs peuvent, à cet égard, changer la taille de la porte d’entrée. Mais ils ne changeront réellement l’économie du nucléaire que s’ils sont standardisés, répétés et intégrés à des chaînes industrielles.

Un SMR isolé est un projet. Une série de SMR peut devenir une industrie.

L’Afrique ne doit toutefois pas devenir un terrain d’expérimentation où s’accumuleraient des technologies incompatibles.

Nous devons choisir les SMR avec une calculatrice, pas avec un drapeau : sûreté, maturité, coût total, combustible, financement, délais, formation, maintenance et création de valeur locale doivent l’emporter sur l’origine géopolitique du fournisseur.

De Londres à Lomé

Le nucléaire africain ne doit donc pas commencer par le béton. Il doit commencer par l’écosystème.

Le Togo peut jouer un rôle dans cette architecture.

Notre pays ne vient pas à Londres pour annoncer l’achat d’une centrale. Il vient pour ouvrir une porte.

Notre stabilité, notre fonction de connecteur régional, notre place financière, notre infrastructure logistique et notre diplomatie peuvent contribuer à rapprocher l’Afrique des différents pôles du nucléaire mondial.

Mais notre ambition va désormais plus loin.

Après Kigali et Londres, le Togo accueillera à Lomé, du 1er au 3 juin 2027, la prochaine édition du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa.

Son ambition doit tenir en trois mots : From Ambition to Execution.

Nous ne voulons pas que Lomé soit une conférence supplémentaire. Nous voulons y voir des projets entrer avec des obstacles et repartir avec des solutions : technologies évaluées, financements structurés, régulateurs préparés, programmes de formation engagés, partenariats industriels construits, mécanismes de partage du risque avancés.

Lomé 2027 ne doit pas être une foire aux réacteurs. Il doit devenir une fabrique à projets.

Nous devons pouvoir mettre autour d’une même table l’AIEA, les banques multilatérales, les fonds africains et internationaux, les constructeurs, les États, les régulateurs et les futurs grands consommateurs d’électricité.

France, États-Unis, Canada, Chine, Russie, Inde, Corée, Japon et autres partenaires doivent pouvoir proposer leurs solutions selon des critères clairs : sûreté, coût, financement, localisation, formation et transfert de compétences.

L’Afrique ne doit pas choisir un camp. Elle doit acquérir la capacité de choisir entre plusieurs partenaires.

La souveraineté n’est pas l’autarcie. C’est la capacité de dire oui à plusieurs et de rester maître de son choix.

Kigali a posé l’équation. Londres rassemble l’industrie et le capital.

Lomé devra produire les solutions.

À Londres, nous parlons du futur nucléaire.

À Lomé, il faudra commencer à transformer ce futur en projets africains.

Faure Essozimna Gnassingbé,

Président du Conseil de la République togolaise

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