Derrière l’agitation quotidienne de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, à Abidjan, certains étudiants vivent un mal-être psychologique difficile à déceler. Entre pression académique, attentes familiales et incertitudes face à l’avenir, ils tentent de poursuivre leurs études tout en dissimulant leurs difficultés.
Il est 14 h 30 ce mercredi 7 octobre 2026 à Abidjan-Cocody. À la sortie des amphithéâtres de l’Université Félix Houphouët-Boigny, des groupes d’étudiants empruntent les allées du campus. Les conversations se croisent, les téléphones vibrent et les pas se pressent en direction des différents points de sortie et des voies qui desservent l’université. Certains rejoignent leurs camarades, d’autres se dirigent vers les arrêts de transport. La scène est familière, presque banale.
Pourtant, au milieu de cette animation, certains étudiants vivent une réalité plus difficile à percevoir. Derrière les sourires et les échanges ordinaires, le mal-être peut s’installer sans attirer l’attention.
Un peu à l’écart, Aïcha Kamagaté, 22 ans, étudiante en 2ème de droit, marche lentement, son téléphone à la main. Autour d’elle, les groupes se forment puis se dispersent. Elle, en revanche, reste seule. Son regard parcourt les allées sans s’attarder sur les visages qui l’entourent. « Je suis toujours entourée de monde, mais je me sens vide », confie-t-elle.
Derrière cette phrase se dessine un sentiment de solitude que la présence des autres ne suffit pas à dissiper. Venue de son Bondoukou natal, elle a du mal à s’adapter à la vie d’Abdjan, qu’elle connait depuis bientôt 3ans. C’est qu’elle vit avec une parente éloignée à l’extrémité de la commune d’Anyama. Comment se nourrir, se déplacer et même temps suivre le rythme des cours au campus. Très difficile pour cette jeune fille qui depuis son enfance est toujours restée auprès de ses parents. Les écoles qu’elle fréquentait du primaire au lycée étaient dans le même quartier où, elle habitait.
Une souffrance difficile à déceler
Comme Aïcha K , certains étudiants peuvent éprouver des difficultés psychologiques sans parvenir à en parler ouvertement. Dans les amphithéâtres, les couloirs ou les espaces de repos du campus, l’isolement, le silence ou le retrait des interactions peuvent passer inaperçus au milieu de l’agitation quotidienne.
Pour le psychologue Kouadio N’Guessan, ces manifestations méritent une attention particulière. « La détresse chez les jeunes ne se manifeste pas toujours de manière visible. Elle peut être intériorisée, masquée par une apparente normalité », explique-t-il.
Selon lui, les exigences universitaires et les incertitudes liées à l’avenir peuvent accentuer la pression ressentie par certains jeunes. Les difficultés ne se limitent donc pas nécessairement aux résultats scolaires : elles peuvent aussi toucher la vie personnelle et les relations avec l’entourage.
Dans cette foule en mouvement, chacun semble suivre son propre rythme. Certains discutent avec animation, tandis que d’autres restent absorbés par leur téléphone ou avancent seuls. Ces comportements ne suffisent pas, à eux seuls, à révéler un mal-être, mais ils rappellent que les difficultés psychologiques ne sont pas toujours immédiatement perceptibles. « On fait semblant d’aller bien, parce que personne ne veut paraître faible », reconnaît Kader, étudiant en première année.
Le poids du regard des autres
À la pression des études s’ajoute parfois la difficulté de se faire comprendre par son entourage. Pour certains étudiants, exprimer une fatigue psychologique ne garantit pas d’être écouté ou compris.
« Quand tu dis que tu es fatigué mentalement, on te parle de courage ou de prière, mais on ne t’écoute pas vraiment », poursuit Kader K.
Ce témoignage souligne le décalage qui peut exister entre la souffrance ressentie et les réponses apportées par l’entourage. Les encouragements peuvent être bien intentionnés, mais ils ne remplacent pas toujours une écoute attentive ni, lorsque cela est nécessaire, un accompagnement adapté.
À l’université, les étudiants doivent composer avec plusieurs exigences : réussir leurs examens, répondre aux attentes familiales, faire face aux contraintes matérielles et préparer leur avenir professionnel. Lorsque ces préoccupations s’accumulent, certains peuvent éprouver des difficultés à trouver un espace où exprimer ce qu’ils traversent.
Derrière la foule, des réalités individuelles
En fin d’après-midi, l’animation se poursuit sur le campus. Les étudiants quittent progressivement les amphithéâtres, les groupes se dispersent et les conversations s’éloignent. Pour un observateur pressé, rien ne distingue véritablement ceux qui vont bien de ceux qui traversent une période difficile.
Aïcha s’éloigne à son tour, se mêlant au flot des étudiants. Avant de partir, elle résume sa situation en quelques mots : « On avance comme tout le monde. »
Une phrase simple, qui traduit le décalage entre l’apparence extérieure et le vécu intérieur. Car poursuivre ses études, assister aux cours et échanger avec ses camarades ne signifie pas nécessairement que tout va bien.nt
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