La cantine scolaire dans la région de la Kara est une aubaine pour les élèves. Grâce à elle, l’abandon scolaire reste minime. En revanche, les résultats scolaires et le taux de fréquentation sont de plus en plus significatifs.
Au Togo, le gouvernement togolais bénéficie de l’appui du programme alimentaire mondial dans le cadre de l’alimentation scolaire avec le soutien financier de l’Union européenne (UE) et de la coopération allemande via la KfW, pour l’alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale avec les activités de création d’actifs (FFA).
Pour mesurer l’impact de la cantine scolaire, le PAM a organisé, du 12 au 16 octobre 2026, une mission de terrain à l’intention des médias publics et privés. Celle-ci a permis aux professionnels des médias de visiter quelques écoles où la cantine scolaire est une réalité, ainsi que des sites sur lesquels les communautés mettent en œuvre le volet d’assistance alimentaire pour la création d’actifs, le FFA (Food For Assets).
Qu’il s’agisse des élèves, des parents ou des autorités locales, tous sont unanimes pour reconnaître le changement apporté par la cantine scolaire depuis sa mise en œuvre. « Un enfant qui vient à l’école doit se nourrir et pouvoir rester en bonne santé pour pouvoir apprendre et avoir de meilleurs résultats.»
Lors de cette visite de terrain, les professionnels des médias ont visité l’EPP Kpelessida, dans la commune de Binah 1 (canton de Lama-Dessi), ainsi que l’EPP Houloun, dans la commune de Kozah 1 (canton de Landa). Ces deux établissements font partie des écoles bénéficiaires du programme de cantines scolaires, respectivement financées par le PAM à travers l’Union européenne (UE) et par la KfW.
Dans la mise en œuvre de la cantine scolaire, le PAM contribue à travers un programme spécifique dénommé « Alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale ». Il est question, pour cette institution onusienne, de garantir la qualité de ce que les enfants consomment à l’école, l’accent étant mis sur la sécurité alimentaire. Au PAM, un enfant qui vient à l’école doit se nourrir et pouvoir rester en bonne santé pour apprendre et obtenir de meilleurs résultats.
Dans les écoles bénéficiaires de ce programme, des initiatives sont mises en œuvre pour l’appuyer. Parmi elles figure le jardin potager. Le potager constitue une source d’approvisionnement en légumineuses, qui y sont cultivées pour préparer la sauce destinée aux enfants.
« (…) Nous formons ces jardiniers à fabriquer du compost utilisé pour nourrir les plantes du potager. Pour l’appui au jardin, nous travaillons avec l’Institut de conseil et d’appui technique (ICAT), le bras technique avec lequel le PAM collabore pour mettre en place les jardins potagers dans les écoles. L’autre unité que nous mettons en place, surtout dans les écoles pilotes, est l’unité d’élevage de volailles pour nous permettre d’avoir des produits carnés pour l’alimentation des enfants. Dans la première phase, nous avons approvisionné 50 écoles en poulets, ce qui a permis de vendre aux mamans cantines ainsi qu’à la communauté. Cela génère des revenus pour la cantine », a expliqué à TOGOTIMES M. Gnandi TABE.
Le modèle HGSF (Home-Grown School Feeding) du PAM, axé sur la production locale, permet de fournir et de garantir aux cantines scolaires une nutrition basée sur des aliments locaux à forte valeur nutritive. Grâce à ce programme, les producteurs locaux sont également intégrés au circuit économique. C’est pourquoi, dans les localités dotées d’une cantine scolaire, des coopératives sont mises en place. Des contrats sont scellés avec elles, leur permettant de livrer les cantines tout au long de l’année. Ces producteurs bénéficient d’un appui du PAM en semences et en intrants, ainsi que des conseils des agents de l’ICAT.
La cantine scolaire, une opportunité pour les coopératives
Dans la région de la Kara et celle des Savanes, où sont concentrées les actions du PAM, M. Gnandi Tabé indique que le programme compte plus de 200 unités de production. Ainsi, 15 000 petits producteurs bénéficient de ce soutien et 1 800 femmes, membres de coopératives, sont appuyées dans la transformation alimentaire. Le programme d’alimentation scolaire dans les écoles s’en trouve nettement renforcé.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024-2025, 50 écoles étaient soutenues. Ce chiffre a connu une hausse importante : en 2025-2026, on compte 200 écoles, et plus de 242 à partir de 2026-2027, dont 77 dans la Kara. Au total, 77 824 élèves profitent de cette initiative cette année dans les deux régions, dont 20 503 dans la Kara.
Autour de la cantine scolaire, c’est toute une organisation bien rodée qui se met en place. Si les premiers bénéficiaires sont les enfants, le jardin potager constitue aussi pour leurs parents une source de revenus. Dans chaque localité, trois organisations de producteurs (OP) sont identifiées et structurées : une première est chargée de livrer le maïs, une seconde le riz, et la troisième le niébé. Ces coopératives de producteurs reçoivent un soutien technique en intrants de l’ICAT, en collaboration avec la FAO.
« Ces coopératives sont appuyées techniquement par l’Institut de conseil et d’appui technique (ICAT) en intrants, en semences et en engrais, en collaboration avec la FAO, pour leur permettre de bien produire et de s’assurer que nous disposions de façon permanente de vivres pour nos cantines », a expliqué M. Gnandi.
En dehors du jardin potager et de l’unité d’élevage, des unités de transformation, telles que des moulins à grains pour moudre la farine, sont installées dans certaines écoles. La finalité est de réduire les distances à parcourir par les mamans cantines pour moudre la farine de maïs. Par ailleurs, ces moulins servent également à l’ensemble de la communauté, et les ressources financières générées participent au bon fonctionnement de la cantine. En plus du moulin à grains, un moulin à condiments facilite la tâche des cuisinières.
Des repas chauds qui améliorent significativement les résultats scolaires
Les responsables de la cantine scolaire rencontrés lors de la visite sont revenus sur l’organisation et les conditions d’hygiène rigoureuses entourant le projet.
Eleye Mariama, agente d’appui au développement à la base (ANADEB), explique : « Dès le début de chaque année, les mamans cantines font l’objet d’un suivi médical. Si l’une d’entre elles présente une maladie, elle est soignée avant de prendre service. Concernant l’hygiène, les mamans cantines sont formées aux bonnes pratiques liées à l’hygiène corporelle et culinaire et la bonne nutrition. Dans les cantines scolaires, aucun bouillon en cube n’est utilisé. Ici, ce sont les oignons, les épices et les petits poissons qui remplacent les cubes. »
Elle précise également qu’il y a des heures fixes pour servir les repas chauds aux élèves : 11 h 00 pour le jardin d’enfants et 11 h 30 pour les classes du CP1 au CM2. Avant d’établir les menus du lundi au vendredi, l’avis des élèves est pris en compte pour connaître leurs préférences.
Une nette amélioration du taux de réussite scolaire et une baisse de l’abandon des classes
L’EPP Kpelessida fait partie des écoles qui bénéficient de ce programme. Le constat fait par les médias dans cet établissement de la commune de Binah 1 est sans appel : parents et élèves reconnaissent l’impact majeur de la cantine scolaire, un constat partagé à l’EPP Houloun.
À l’EPP Kpelessida, le 13 octobre 2026, règne une ambiance inhabituelle dans la cour de l’établissement. Plusieurs personnalités étaient présentes, dont M. BAMAZE Tchao, conseiller municipal dans la commune de Binah 1, et M. KPLAKO K. Mawussé, chef d’inspection IEPP de la Binah, sans oublier les représentants des coopératives et les parents d’élèves.
Sur les bienfaits de la cantine pour la communauté, M. BAMAZE Tchao ne mâche pas ses mots : « (…) Nous avons deux écoles à Tchikawa (une école catholique et une école publique). Avec la cantine scolaire à l’EPP Kpelessida, l’effectif a presque doublé en moins de quatre ans. Aujourd’hui, cet effectif est de 219 élèves. Le second impact remarquable réside dans l’engouement de nos enfants à venir à l’école. On sent chez eux l’envie d’apprendre. Ils sont nourris et les parents n’ont plus de soucis. La joie se lit sur leur visage à leur retour à la maison », témoigne-t-il.
Selon lui, la cantine scolaire est un projet à multiplier et à pérenniser. Un souhait partagé par Kao Agba et Charles Deandema, respectivement président de l’interprofession maïs et président de la ZAAP de Tchikawa (producteur de riz à Kpinzindè).
Tout comme M. Bamaze, le directeur de l’EPP Kpelessida, M. NAO Kodjo, ne cache pas sa satisfaction. Arrivé dans cet établissement lors de l’année scolaire 2021-2022, il reste convaincu que la cantine scolaire a un impact déterminant sur les résultats :
« Avant l’arrivée de la cantine, les résultats n’étaient pas encourageants. Mais avec la cantine scolaire, nous enregistrons un taux élevé de réussite et une hausse des effectifs. On constate une baisse sensible des absences et des abandons scolaires. Par exemple, pour l’année 2025-2026, nous avons obtenu au niveau du CM2 un taux de réussite de plus de 80 % », indique M. Nao, tout en se remémorant les difficultés initiales liées à l’accès aux denrées et à la mobilisation des contributions financières des parents.
« Le jardin potager nous apporte beaucoup, car nous ne dépendons plus totalement du marché. Nous en tirons des légumes, des carottes, des choux, des haricots, du gombo… C’est du champ à la table ! », ajoute M. NAO Kodjo.
« À l’école, je mange bien », confie simplement Hodalo, élève à l’EPP Kpelessida.
Le PAM a pour mission d’apporter une aide vitale en situation d’urgence et de contribuer durablement à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations confrontées aux conflits, aux aléas climatiques et à d’autres chocs. À ce titre, il accompagne depuis plusieurs années le gouvernement togolais dans la mise en œuvre du modèle HGSF. Ses activités au Togo s’inscrivent dans le Plan stratégique pays (PSP) 2022-2026, aligné sur la feuille de route gouvernementale et sur le Cadre de coopération pour le développement durable des Nations Unies au Togo (CCDD 2023-2026), autour de trois axes majeurs : la réponse aux crises, la résilience et le renforcement des capacités institutionnelles.
Par ATISSO Yao Linus
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