Depuis Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï oriental, Félix Tshisekedi a sorti ses griffes. Le président ne supporte plus les prises de position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) par rapport à la situation politique du pays. Tshisekedi reproche aux prélats catholiques un certain penchant diviseur de la société.
« L’Église catholique doit rester dans ses missions de prêcher la paix et d’être au milieu des Congolais (…) Comme garant de la nation et du bon fonctionnement des institutions, je n’accepterais jamais une pareille dérive » a détonné le président de la République. Tshisekedi craint que certains évêques n’attisent le feu en cette année électorale qui s’annonce particulièrement « dangereuse », estime-t-il. Discours magistral prononcé à l’occasion du sacre de Mgr Bernard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi qui célébrait le dimanche ses 25 ans de vie épiscopale.
Après une première nuit dans son terroir natal, le président de la République, Félix Tshisekedi a été dimanche au milieu des chrétiens catholiques réunis au stade Kashala Bonzola pour la célébration du jubilé d’argent (25 ans) de Mgr Bernard Kasanda. Notabilité très respectée tant au sein de l’Église catholique que de la population, Mgr Kasanda fédère autour de lui toute la population de l’espace Grand Kasaï.
La présence de Félix Tshisekedi à la messe jubilaire, très appréciée par la population qui célébrait avec faste cet événement, a vite tourné en un véritable réquisitoire contre la hiérarchie de l’Église catholique en République démocratique du Congo.
« Je m’attaquerai sans hésitation, sans remords à tout Congolais qui mettrait en danger la sécurité et la stabilité de notre pays. Peu importe ce qu’on en dira : violation des droits de l’homme, privation des libertés, remplissage des prisons, Je n’ai aucune leçon à recevoir de qui que ce soit », a vitupéré le président Tshisekedi. Le successeur de Joseph Kabila s’est montré implacable face à la première confession religieuse de la RDC. Même s’il ne s’attaque qu’à certains prélats « frondeurs », Tshisekedi est apparu préoccupé par toute forme de dérive de la part des serviteurs de Dieu.
L’État et l’Église ont l’obligation de collaborer
Devant plus de 40 000 personnes, la célébration avait commencé sur des bonnes bases de prière : « Prions pour notre président à qui Dieu a accordé 60 ans de vie. Prions Dieu pour qu’il continue à faire du bien », a dit l’évêque de Mbuji-Mayi à l’introduction de la messe. Lors de sa prise de parole, Félix Tshisekedi a rappelé les relations de collaboration qui doivent régir les deux parties. « L’Etat et l’Église ont l’obligation de collaborer. Parmi vous, certains ont pris une tendance dangereuse qui pourrait nous diviser. Je n’accepterai pas une telle dérive », a-t-il prévenu.
Guerre déclarée
Les propos de Félix Tshisekedi ont été diversement interprétés par les sensibilités sociopolitiques de la République démocratique du Congo. Le mouvement citoyen Filimbi accuse le président de virer dans une dictature : « Les dictateurs ont en commun la particularité de se servir de la sûreté comme prétexte pour justifier la répression systématique et d’Etat sur les militants de la société civile et opposants », a publié cette force citoyenne, ajoutant qu’elle combattra sans remords « la dictature de Tshisekedi comme ce fut avec son ex-allié » (Joseph Kabila). Gravel Dinganga, un opposant du Front commun pour le Congo (FCC) y voit ironiquement une bonne nouvelle :
« Je suis très heureux de la sortie médiatique du président sortant, Mr Félix Tshisekedi, car il a poussé le peuple de mettre en application l’article 64 de la Constitution ». Bibishe Ntibonera Nsimire, une activiste politique rappelle que l’Église a toujours joué son rôle d’être la voix des sans voix, le porte-parole du peuple, l’opposition ou contrepoids du pouvoir en termes d’abus ». Elle ne conseille pas à Tshisekedi de faire la guerre à l’Église, cette même église qui l’avait soutenu pendant ses durs moments de lutte.
L’Église au milieu du village
Ce jubilé d’argent était une agréable occasion pour Monseigneur Kasanda de rappeler certaines valeurs religieuses cardinales : « Le respect, la droiture, la vérité, l’amour du Congo et des Congolais sont vos qualités. Votre présence est un immense honneur fait à ma pauvre personne et à toute l’Église. Mon peuple et moi t’aimons », avait affirmé Mgr Kasanda à l’endroit du président Félix Tshisekedi.
Pour sa part, Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani et président de la Cenco a félicité l’évêque de Mbuji-Mayi tout en saluant la présence du chef de l’État, Félix Tshisekedi dans cette célébration historique.
«Avec ce diocèse, c’est toute l’Église famille de Dieu en RDC qui est en fête. Nous, archevêques et évêques membres de la CENCO avec tous nos frères dans l’épiscopat, communions à votre joie. Nous faisons notre action de grâce de la Vierge Marie», a souligné Monseigneur Utembi. En communion avec le pape François, chef du collège épiscopal, Utembi leur a manifesté la proximité effective et affective.
«Nous rendons un vibrant hommage à son Excellence Monsieur Felix-Antoine Tshisekedi, président de la République, pour sa présence qui porte haut l’événement que nous célébrons », a déclaré le président de la Cenco. L’Église a témoigné de la collaboration saine avec les institutions de la République comme le trait d’union entre les deux parties. « Votre participation à cette action de grâce, est pour nous un signe de la saine collaboration qui existe et qui existera toujours entre l’Église catholique en RDC et l’État congolais, pour le service et le bien-être de la population», a-t-il conclu.
Source: Ouragan
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