Le sélectionneur national des Éperviers, Patrice Neveu, fait parler de lui, et pas dans le bon sens, alors que le public sportif du Togo attend de lui des nouvelles encourageantes en faveur de la sélection. Face à la presse pour annoncer la liste des joueurs retenus contre les Fennecs, Patrice Neveu a dévoilé son talent de « boxeur ». Avec un tel « talent », Lomé devrait peut-être songer à l’inscrire à la Fédération togolaise de boxe.
Patrice Neveu est-il en train de sortir par la petite porte ? À cette interrogation, le journaliste Espoir Gato et le public sportif répondront par l’affirmative. Et pour cause. Patrice Neveu, qui a pourtant tourné sa langue sept fois, n’a pas trouvé la bonne réponse à une simple question du journaliste Gato et s’en est pris au confrère. Une telle réaction de la part d’un sélectionneur traduit bien le tunnel qui attend les Éperviers.
Espoir Gato a-t-il des antécédents avec le sélectionneur national Patrice Neveu ? La réponse est non. Mais qu’est-ce qui a bien pu piquer Neveu pour le rendre aussi nerveux au point d’énerver les Togolais ? L’histoire nouvelle que Neveu écrit dans les annales des Éperviers est pour le moins singulière.
Interrogé simplement sur l’obligation de qualifier le Togo pour la prochaine Coupe d’Afrique, Neveu n’a pas aimé. Il a tapé du poing sur la table, répliquant de manière très tendue : « Mon cher Monsieur, je vais vous dire que dans mon contrat, il n’est pas précisé que je dois vous qualifier pour la CAN 2027 ». Il a ensuite précisé que sa priorité contractuelle immédiate était de reconstruire une sélection nationale en perte de vitesse, tout en affirmant que sa volonté personnelle restait de qualifier le Togo.
Piqué par quelle mouche ? Personne ne sait. Mais estimant que la question relevait d’une tentative de «déstabilisation», le ton est monté d’un cran lorsqu’il a sommé le journaliste de se lever devant l’assistance: «Levez-vous qu’on vous voie!».
Un sélectionneur sous tension
La réaction du sélectionneur a renvoyé une autre image de lui, celle d’un homme à bout de nerfs. Pourquoi une telle réaction d’un autre âge ? Veut-il signifier au public sportif qu’en France, lorsque les journalistes sont invités à une conférence, ils ne posent pas de questions? Les hommes des médias présents à cette conférence de presse qualifient sa réaction de «méprisante», voire «déplacée».
« Nous sommes là pour poser des questions au nom de l’opinion publique sportive. Le coach doit accepter la critique et la contradiction, surtout à quelques jours d’un match aussi crucial contre les Fennecs d’Algérie », a soutenu un membre de l’Association des journalistes sportifs togolais (AJST).
Des condamnations de JDHO et du MMLK
Indigné par cette attitude, le Mouvement Martin Luther King (MMLK) a vivement condamné ce qu’il qualifie de « comportement condescendant, paternaliste et intimidant ».
« Nous condamnons fermement ce comportement condescendant, paternaliste et intimidant. Un sélectionneur national, fût-il étranger, n’est pas au-dessus des Togolais. Il n’est pas là pour éduquer la presse togolaise comme des élèves, ni pour faire taire les questions qui dérangent », a réagi dans un communiqué le MMLK du pasteur Edoh Komi, qui précise que « le journaliste a le droit de poser des questions, même les plus dérangeantes. C’est la base de la liberté de la presse et de la démocratie ».
Les excuses de la FTF ne suffisent pas selon le MMLK
Dans son communiqué, le MMLK refuse le « deux poids, deux mesures ». Lorsque le sélectionneur togolais Daré Nibombé avait été critiqué pour des choix tactiques, toute la presse s’était levée. Aujourd’hui, on ne saurait trouver des excuses à un technicien expatrié simplement en raison de sa nationalité. Le respect doit être le même pour tous.
Pour le MMLK, les excuses de la FTF ne suffisent pas. L’organisation salue certes les regrets exprimés par le colonel Guy Kossi Akpovy, président de la FTF, qui a rappelé le droit des journalistes à exercer librement. Toutefois, ce n’est pas à la FTF de s’excuser à la place du coupable. C’est à celui qui a tenté d’humilier le journaliste de réparer les torts.
C’est pourquoi le MMLK exige :
Des excuses publiques et personnelles de M. Patrice Neveu au journaliste Espoir Gato, à la corporation des journalistes togolais et au peuple togolais, dans un délai de 48 heures ;
Un engagement écrit de la FTF à garantir la sécurité et le respect des journalistes lors de toutes les conférences de presse à venir ;
Un rappel à l’ordre formel du sélectionneur par sa hiérarchie pour qu’un tel dérapage ne se reproduise plus.
La réaction de la JDHO
Suite à la sortie inattendue du sélectionneur, l’Association des journalistes pour les droits de l’homme (JDHO) est également sortie de son silence par voie de communiqué.
«JDHO tient à rappeler avec fermeté que le journaliste n’a pas à demander la permission pour poser une question. Interroger, demander des précisions, rechercher des explications et exercer un regard critique sur les décisions des acteurs publics font partie intégrante de sa mission », peut-on lire dans le document consulté par nos soins.
Le président de la FTF joue l’apaisement
Non sans réagir face à la polémique, le président de la Fédération togolaise de football (FTF), le colonel Guy Akpovy, est sorti de son réserve pour présenter ses sincères regrets.
«Je tiens à vous présenter mes sincères regrets à la suite de l’incident survenu ce 3 novembre lors de la conférence de presse du sélectionneur national Patrice Neveu», a déclaré le col. Akpovy, en insistant sur le fait que la place des médias dans le développement du football ne saurait être remise en cause. Il a rappelé que la presse demeure un partenaire essentiel et que les journalistes doivent pouvoir exercer librement leur métier, y compris lorsqu’ils abordent des sujets sensibles.
«Vous avez le droit de poser des questions, même les plus dérangeantes, de demander des éclaircissements et d’exercer votre métier dans un climat de respect et de considération», a souligné M. Akpovy.
Au regard de la réaction épidermique de Patrice Neveu, une question demeure : sera-t-il en mesure de reconstruire une équipe nationale en perte de vitesse en s’isolant ainsi ? Qu’en sera-t-il si les Éperviers perdent leurs prochains matchs ? Et surtout, sera-t-il dans son état normal pour répondre aux questions des journalistes lors des prochaines conférences de presse?
La rédaction
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